GABRIELE M. ROSSI PAR YVES DREIER, 19 SEPT. 2008
Vous avez réalisé de nombreuses maisons pour des clients privés. Quels sont les aspects marquants de ce genre de réalisation ? Le chemin à parcourir avec le client fait naître une relation intense, qui laisse une grande place à l’aspect émotionnel. Je suis, du reste, extrêmement reconnaissant envers tous mes clients, car ils ont accordé une confiance énorme à notre travail en me permettant d’apporter des réponses correspondant à la personnalité de chacun. J’apprécie aussi le côté intuitif des projets de villa et la compression du laps de temps entre la première rencontre et l’emménagement du client dans sa nouvelle maison. En tant qu’architecte, l’habitation individuelle représente des mandats assez simples à cerner, car les contraintes et les inter- venants sont limités. Ainsi, nous pouvons investir notre énergie et nous concentrer sur des aspects qui répondent à des  attentes particulières et à des demandes personnalisées. Je vois donc en chaque villa une « pièce » unique. Pour les projets de logements individuels, je me permets en effet de travailler comme un artiste, qui dans un laps de temps réduit, a la chance de pouvoir confronter ses idées avec la réalité. Ces projets sont un laboratoire d’idées, un terrain d’expérimentation, qui nous incite à développer et à affiner en amont des projets de plus grande envergure et notre langage architectural. À l’exemple de l’espace de transition entre intérieur et extérieur, c’est dans la villa que je trouve l’envie d’expérimenter certains matériaux, vo- lumes ou effets de lumière. Je crois du reste que l’évolution de notre architecture s’exprime clairement à travers ces projets. Pourriez-vous nous parler de l’évolution de votre pensée ? Les dix premières années de mon travail ont été vouées à l’épuration formelle de mon architecture, qui se traduisait par un désir de simplification des volumes et du programme. Je reste persuadé que les choses simples prennent une force énorme au contact de leur environnement.Les premières villas réalisées par Archilab se trouvent au chemin de l’Azur à Lutry et  représentent pour le bureau un lieu d’expérimentation hors norme. Cette recherche a abouti à la construction d’une villa à  Jouxtens-Mézery, une boîte en verre, qui occupe une place charnière dans notre travail, car avec ce projet nous avons pu aller  tellement loin dans l’épuration du plan et dans la réduction de l’espace de transition entre l’intérieur et l’extérieur, que toute notre démarche a été remise en question. Dans les projets suivants, nous avons commencé à déconstruire l’enveloppe de nos  bâtiments et à travailler, toujours dans un souci de simplicité formelle du plan, sur l’enrichissement spatial de la relation entre  l’intérieur et l’extérieur. Vous parlez de l’importance des échanges et des relations dans le développement de vos idées. Comment le client perçoit-il cette volonté d’innover ? Faut-il le convaincre d’oser construire une maison aux lignes contemporaines ? Au début de mon activité d’architecte, j’ai souvent dû lutter pour faire accepter mes idées et pour convaincre les clients de me suivre ; j’avais aussi une image très précise de ce que devait être l’architecture. Aujourd’hui, j’ai peut-être atteint une certaine maturité qui me permet de prendre du recul et d’éviter les frictions inutiles. La première moitié de l’existence du bureau nous a permis de faire progressivement nos preuves et les clients qui se tournent maintenant vers nous connaissent souvent déjà notre démarche intellec-tuelle et culturelle. Les gens savent que mon travail naît dans l’échange et la collaboration, c’est pour moi du reste l’unique manière de concevoir un projet qui corresponde à leurs attentes. Tout le monde ressort grandi d’une collaboration réussie, je n’ai donc pas besoin de convaincre mes clients d’oser innover, car ils ont participé au développement du projet et comprennent ses qualités.